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23 May

Les Ambassadeurs français à la cour d'Angleterre.

Publié par M Corfmat Professeur d'Arts Plastiques  - Catégories :  #ANALYSE D'OEUVRE, #HISTOIRE DES ARTS, #ANAMORPHOSES

Les Ambassadeurs français à la cour d'Angleterre.

Hans HOLBEIN le Jeune (1497 - 1543)


Les Ambassadeurs français à la cour d'Angleterre.


1533.

Huile sur panneau. 203 x 209 cm.

Londres, National Gallery.

Les Ambassadeurs français à la cour d'Angleterre.

Hans HOLBEIN le jeune est un peintre et graveur allemand, né à Augsbourg en 1497 et décédé à Londres en 1543. Fils du peintre Hans HOLBEIN l'ancien, il travailla comme aide dans l'atelier de son père. En 1515, sa famille se fixa à Bâle, haut lieu de l'humanisme où il se lia avec Erasme. Il séjourna à Lucerne, en Italie puis en France.
De 1516 à 1526, travaillant pour la haute bourgeoisie commerçante, il réalisa des portraits, compositions religieuses, décorations murales, cartons de vitraux et des gravures. Influençé par Grünewald, son style s'ouvrit aux nouvelles conceptions de la Renaissance italienne.
En 1526, fuyant la Réforme, il partit pour Londres, recommandé par Erasme à Thomas More, dont il fit le portrait et séjourna jusqu'en 1528 en Angleterre où il se fixa définitivement en 1532, laissant sa famille à Bâle.

Cette époque constitua l'apogée de sa carrière. Il éxécuta le projet d'un arc de triomphe pour l'entrée d'Anne Boleyn à Londres et peignit Les Ambassadeurs en 1533.
En 1536, il fut nommé peintre-valet de chambre d'Henri VIII et devint en peu de temps le portraitiste officiel de la cour d'Angleterre, tout en menant une activité très diverse : miniatures, oeuvres décoratives. En 1543, en pleine gloire, il mourut de la peste. Portraitiste de génie, recherchant derrière les apparences les expressions signifiantes des visages, unissant aux traditions gothiques les nouvelles tendances humanistes, il effectua la synthèse des courants artistiques de son époque.

Les Ambassadeurs français à la cour d'Angleterre.

Ce tableau est un chef d'oeuvre, riche par ses allusions historiques, les symboles culturels représentés et sa prouesse technique.

Comme dans la plupart des oeuvres de la Renaissance, ce tableau a un commanditaire (une personne qui commande un tableau à un peintre), qui se trouve être représenté à gauche du tableau. Il a donc fait réaliser ce tableau pour une occasion spéciale. Le personnage de gauche est Jean de Dinteville, ambassadeur de France nommé par François 1er à londres pour obtenir le soutien de Henri VIII contre l’Empire ; il doit son allure imposante à l’épaisse pelisse doublée d’hermine qu’il porte sur une chemise de soie rouge et à sa médaille de l’Ordre de Saint-Michel ; son manteau est court car il est ambassadeur de « robe courte » (détenteur de pouvoir politique). Il tient un poignard dans sa main droite, sur lequel est inscrit son âge : 29 ans (seulement !).

Le personnage de gauche est ambassadeur de France

A l’occasion des Fêtes de Pâques de 1533, il a invité son ami George de Selve à Londres et c’est lors de cette rencontre qu’Holbein, qui a déjà réalisé deux portraits de Jean de Dinteville, a peint cette scène, ou plutôt, cette mise en scène ..

George de Selve (a droite ) a 25 ans ; il est évêque de Lavaur (Tarn) et diplomate : il est donc ambassadeur en « robe longue » (détenteur de pouvoir religieux), et habillé plus sobrement de sombre. Les deux ambassadeurs et amis ne se regardent pas, ils posent sérieusement, imbus de l’importance intellectuelle et sociale qu’ils sont désireux, grâce au décor soigneusement choisi et disposé autour d’eux, de montrer.

Cette œuvre se veut tout d'abord une célébration de la gloire de jeunes français très fortunés, parvenus au sommet de la hiérarchie sociale, érudits et influents. Ils sont représentés presque en taille réelle (le panneau a une hauteur de deux mètres) devant une tenture de damas vert et s'appuient sur une table à deux étages dont la surface supérieure est recouverte d'un tapis.
On notera le contraste saisissant dans les vêtements des deux personnages : Dinteville impose une stature royale et altière dans sa pelisse d'hermine à manches bouffantes sur chemise à crevés de soie rouge et arborant le collier de l'Ordre de Saint-Michel (la plus haute distinction française à l'époque). De Selves affiche au contraire une tenue plus austère et uniforme dans son manteau de brocart brun qui l'enveloppe de la tête aux pieds.

Jean de Dinteville (à gauche) et Georges de Selve (à droite)Jean de Dinteville (à gauche) et Georges de Selve (à droite)

Jean de Dinteville (à gauche) et Georges de Selve (à droite)

Les Ambassadeurs français à la cour d'Angleterre.

Qui sont-ils ? Des érudits, des hommes de la Renaissance, ainsi que l’atteste la présence d’objets qui représentent toutes les matières du « quadrivium » de l’éducation humaniste :

le globe céleste et le globe terrestre ( sur lequel on peut lire le nom du château familial de Dinteville , Polisy !), symboles de l’ouverture au monde.

Les Ambassadeurs français à la cour d'Angleterre.Les Ambassadeurs français à la cour d'Angleterre.Les Ambassadeurs français à la cour d'Angleterre.
Les Ambassadeurs français à la cour d'Angleterre.

Une équerre et un livre d'arithmétique ouvert, symboles de la connaissance,...

Les Ambassadeurs français à la cour d'Angleterre.

un livre de musique et un luth, symbole d’harmonie, mais une corde du luth a sauté. Tiens ! une imperfection ..

Les Ambassadeurs français à la cour d'Angleterre.

Et là, à l’extrême bord gauche du tableau, à moitié caché dans un repli de la tenture verte, n’est-ce pas un crucifix ?

Discret, le crucifix…

Ces deux éléments, moins évidents, moins parfaits, pourraient être une allusion au mouvement de la Réforme qui secoue alors l’Eglise, et une référence directe à la mission de l’Ambassadeur George de Selve : maintenir l’Eglise unifiée…

Les Ambassadeurs français à la cour d'Angleterre.

Le sol:

Le sol est l'élément dont la signification serait la plus mystérieuse, parmi tout les éléments représentés. Mais on pense pouvoir l'identifier grâce à un autre sol qui se trouve à la Chapelle Sixtine, placé en dessous de la célèbre fresque "La création d'Adam" de Michel-Ange. Dans tout les cas, le sol représente un macrocosme, une représentation de l'univers dont le cercle centrale symbolise Dieu et les quatres cercles restants représentent les quatres éléments (Eau, Feu, Terre, Air). Cela pourrait signifier que la vie des deux hommes posés sur le macrocosme (et par extension la vie des hommes en général) dépendent de Dieu.

Les Ambassadeurs français à la cour d'Angleterre.

L'objet déformé qui se trouve au premier plan est parfois appelé l'os de seiche. Au premier abord, on se demande ce qu'un tel élément fait ici et ce qu'il représente.

En vérité l'effet qu'on observe s'appelle une anamorphose. Elle représente un crane qui n'est pas déformé, si on sait le regarder d'un certain point de vue.

L'anamorphose consiste donc à donner l'illusion qu'un élément est déformé, mais cet élément se reconstitue quand on le regarde d'un certain angle ou si on utilise les bons outils. Ici, il faut se placer face au tableau, avancer vers la bordure droite et placer nos yeux à hauteur du visage des personnages.

Puis regarder le crane de biais, les yeux collés tout près de la bordure droite du tableau. Et de façon assez impensable, on remarque que le crane n'est pas déformé, il est même très bien proportionné.

Voici où réside la prouesse technique dans cette oeuvre.

L'Anamorphose .

L'Anamorphose .

Les Ambassadeurs français à la cour d'Angleterre.

Un crâne ? Oui, une « vanité », destinée à rappeler que nulle puissance n’égale celle de la mort, que le pouvoir, politique intellectuel ou religieux, ne donne que l’illusion de la jeunesse ( ! rappelons nous leur âge) et de la domination, que la prestance, les étoffes lourdes, le pavage délicat sur lequel on se tient, tout cela n’est que « vanité ».

Au-delà de la technique artistique et de la richese symbolique de l’œuvre, on peut se demander si Holbein le Jeune, en 1533, a délibérément choisi d’ajouter cette tête de mort à son tableau une fois les portraits terminés, ou bien si Jean de Dinteville avait mentionné « l’intrus » dans sa commande.. Nul ne le sait mais l’histoire rapporte que Dinteville, de nature mélancolique, avait adopté la devise « memento mori » (souviens toi de la mort), et cette crainte aurait influencé Holbein. A moins qu’il n’ait souhaité ajouter un symbole de sa propre vision de la vie, une sorte de

point d’orgue moral à cet étalage de conquêtes humaines.

Vanitas vanitatum, et omnia vanitas.

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tua 31/05/2015 10:56

c'est marrant , notre prof' nous a raconté exactement ce qu'il y avait sur le site ... :) Alala ... les prof' ...